Une compagnie de transport d’ici se paye 1 M$ de camions Tesla

Fuel Transport
Publié le: 20 décembre 2017

L’entreprise québécoise de camionnage Fuel met la main sur quatre camions Tesla d’Elon Musk, d’une valeur de près de 300 000 $ chacun, pour donner un électrochoc aux mentalités, qui n’évoluent pas assez vite dans ce secteur, selon elle.

«Tesla va faire à l’industrie du camionnage ce qu’a fait Uber avec les taxis ou Amazon avec les détaillants», est persuadé Robert Piccioni, PDG de la société de transport Fuel, fondée en 2004, qui a son siège social à LaSalle.

Nouveau jouet

Le grand patron de Fuel, dont le chiffre d’affaires dépasse les 100 millions $, ne cache pas son admiration pour le patron-vedette de Tesla. «Le jour où Elon Musk a annoncé son nouveau jouet... nous en avons commandé quatre», raconte-t-il.

M. Piccioni est dans l’industrie du camionnage depuis plus de 25 ans. Il assure que son intérêt pour Tesla n’a rien à voir avec la force marketing de la marque.

Pour lui, c’est avant tout une question d’innovation. Elon Musk propose par exemple un pare-brise incassable, un coup de génie pour M. Piccioni puisque leur réparation retarde les livraisons.

«Nos chauffeurs roulent des milliers de kilomètres chaque semaine... dès qu’ils ont une petite fissure dans leur pare-brise, ils doivent s’arrêter», explique celui dont les camions sillonnent les routes du Québec, de l’Ontario et des États-Unis.

Selon lui, Tesla fait bien de miser sur la sécurité. Il aime par exemple que le chauffeur du camion se trouve assis au milieu de l’habitacle pour mieux voir ce qui se passe autour de lui.

Guerre de géants

Le PDG de Fuel a en contre ceux qui n’ont rien fait pour faire évoluer l’industrie ces dernières années.

«Je pense que les manufacturiers de camions ont fait ça par exprès parce qu’il y a tellement d’argent mis dans l’entretien. Ce sont de gros revenus pour eux...», laisse-t-il tomber.

M. Piccioni est content de voir que l’industrie du camionnage commence à changer. Dans son entreprise, une partie de plus en plus importante du travail se rapproche de la technologie.

Ainsi, plus de 10 de ses employés sur les 150 s’occupent du système logiciel, assurant notamment la logistique. Selon lui, c’est là que la croissance de l’industrie va s’enraciner.

M. Piccioni va plus loin encore. Il dit préférer embaucher des travailleurs qui ne viennent pas de l’industrie du transport pour les former à sa façon.

Le grand patron de Fuel admet qu’il est possible qu’il perde de l’argent avec ces quatre camions Tesla... mais il ne s’en inquiète pas.

«C’est dommage que ce soit les profits qui dictent ton succès ou non en affaires. Mais, à la fin de la journée, si j’ai un impact sur ma compagnie, mon industrie et les gens autour de moi, j’estime que j’ai réussi», conclut-il.

Les multinationales s’arrachent les camions Tesla

Dévoilés il y a un mois avec grand bruit en Californie, les camions Tesla Semi d’Elon Musk charment déjà les multinationales de ce monde, qui se les arrachent littéralement avant même d’en connaître le prix.

«Ça va changer complètement la donne. C’est un peu étonnant que Tesla ait attaqué le marché des longues distances plutôt celui du transport urbain de plus courtes distances», observe Stéphane Pascalon, président du Club Tesla Québec. Les premiers camions seront livrés en 2019.

Un marché lucratif

Elon Musk a peut-être flairé la bonne affaire. Ce type de camion devrait coûter entre 200 000 et 300 000 $ l’unité. C’est un marché lucratif.

Pepsi en a déjà réservé une centaine. Le distributeur alimentaire Sysco en a mis de côté 50. Le brasseur de bière de la célèbre Budweiser, Anheuser-Busch, une quarantaine.

Walmart a mis la main sur une quinzaine, dont plus de 10 doivent circuler sur les routes du pays. Loblaws, qui veut électrifier son transport routier d’ici un peu plus de dix ans a en aussi, réservé 25.

Leur popularité est si grande qu’il faut payer quatre fois plus cher (près de 26 000 $) pour réserver un camion de Tesla alors qu’il en coûtait que 6500 $ seulement au départ.

Effet domino

Selon le président du Club Tesla Québec, l’arrivée de ces camions électriques sur nos routes va favoriser l’ajout d’infrastructures de recharge ici.

«Les batteries des camions ont des puissances de charge complètement incroyables», note-t-il.

M. Pascalon estime que les propriétaires de voitures électriques profiteront amplement de ce réseau bonifié.

Certains soulèvent par ailleurs des questions sur les promesses de Tesla. Une équipe de la prestigieuse université Oxford en Angleterre a fait valoir que l’énergie nécessaire pour recharger un seul camion Tesla équivaut à celle de 4000 maisons.

D’autres mettent ouvertement en doute l’autonomie du véhicule, deux fois moins grande que celui au diesel.

Pour l’instant, les acheteurs du camion ne se posent pas trop de questions.

 

SOURCE: TVA NOUVELLES